vendredi 6 mars 2015

Championnats de France Espoirs en salle

Nogent Sur Oise, nous y sommes....


Doit on s'en inspirer?

Les triathlètes au pouvoir

2 mars 2015

Au Championnat de France de cross, les triathlètes ont mené la vie dure aux « pures » athlètes en s’illustrant sur la course juniors filles, où les adeptes du triple effort raflent les quatre premières places, dans la foulée de Cassandre Beaugrand.

Célia
Cassandre Beaugrand étincelante

Le one woman show de Cassandre Beaugrand a été spectaculaire, elle a dominé outrageusement du premier au dernier mètre, à l’identique de l’année dernière, avec le même verdict final, le titre, chez les juniors cette fois après celui des cadettes. D’entrée, ses sensations se sont révélées tellement bonnes qu’elle n’a plus eu qu’une seule idée en tête, gérer sa course, se faire plaisir.
Sur ce parcours difficile par cette boue parsemant le parcours, Cassandre Beaugrand a donné le ton, et drainé dans sa foulée trois autres adeptes du triple effort. Célia Brémond, Lucie Picard, Jeanne Lehair ont damé le ton aux « pures » athlètes.
Pourquoi une telle domination ? Parce qu’elles travaillent plus. Comme l’avoue Pascal Machat, responsable national du demi-fond jeunes : « Il n’y a pas de secret. » L’entraînement puissance trois bénéficie aux performances en athlétisme, par le volume horaire qu’il exige, et par les bienfaits physiologiques qu’il procure.
Pour Pascal Machat, l’impact essentiel provient de la charge de travail absorbé par les jeunes triathlètes. Et il souligne combien pour lui, les jeunes filles assument un entraînement trop réduit par comparaison aux garçons du même âge. A raison d’en moyenne 4 fois 12 km par semaine, elles seraient ainsi très loin des 100 km au menu hebdomadaire des juniors masculins.
Mais ce technicien a aussi pris le temps de compiler des informations sur les volumes d’entraînement de filles d’autres nations. Avec ce verdict qui claque : « La comparaison avec les charges d’entraînement des Américaines, Britanniques, Polonaises, montre qu’elles sont inférieures en termes de séquences, de temps de soutien, de volume. »
Célia Brémond
Célia Brémond
Avec triple menu hebdomadaire, les triathlètes sont moins parcimonieuses que les athlètes et les résultats suivent. Egalement parce que les trois sports présentent des similitudes physiologiques, que Pascal Machat résume d’une formule simple : « L’athlétisme, en fait, c’est un moteur à entretenir. » Et natation, vélo et course à pied ont le même fonctionnement énergétique, pour augmenter le niveau en aérobie.
Et Pascal Machat de conclure : « Ces exemples nous obligent à nous poser des questions, sur les bienfaits des sports portés. »
Le travail d’aérobie en vélo et natation
L’analyse de Laurence Vivier, ancienne athlète de haut niveau, et référente demi-fond jeunes à la FFA, n’est guère différente, et elle aussi insiste sur l’apport en aérobie de la quantité d’entraînement effectué par les triathlètes : « Ces filles ont souvent débuté depuis minimes. La natation et le vélo ont augmenté leur capacités ventilatoires et cardiaques. »
Laurence Vivier a bien perçu également la dimension mentale qu’apporte une préparation à trois temps, et surtout le vélo : « On est souvent dans le dur. Dans les côtes, on doit s’accrocher. Cela apprend à ne pas lâcher dans la difficulté. »
La démonstration avait déjà été brillante lors du Championnat d’Europe de l’hiver dernier, où Cassandre Beaugrand avait terminé 7ème, Célia Brémond, 17ème et Lucie Picard, 22ème, après une course menée là aussi sur un terrain difficile.
Lucie Picard
Lucie Picard
Sur un plan technique, Laurence retient surtout de l’entraînement croisé que le travail aérobie s’effectue en vélo ou natation, et le travail de qualité en course à pied. D’où un avantage énorme, celui de diminuer les impacts. Or cette experte es jeunes a appris à travers les années qu’une fragilité osseuse avec fractures de fatigue survient souvent suite aux chocs enregistrés sur des athlètes qui ont perdu poids et masse grasse.
Elle pointe aussi du doigt l’intéressant gain musculaire qu’apporte le vélo, pour une puissance plus forte et une solidité accrue des membres inférieurs. Ainsi que l’avantage de la variété qu’apporte le mélange des sports : « Cela permet de garder la motivation. »
A les côtoyer en stages ou compétitions, Laurence a aussi appris à détecter les qualités exceptionnelles qu’exige la mixité triathlon-athlétisme : « Ce sont des filles très organisées, très rigoureuses. Surtout qu’elles sont souvent brillantes. Elles savent ce qu’elles veulent. »
Attention aux excès !
Du coup, elle a également identifié les aspects plus sensibles d’une telle pratique. Elle s’interroge par exemple sur les marges de progression pour des juniors déjà engagées sur de gros volumes, mais cette mère de trois enfants se questionne surtout les exigences requises pour de tels résultats : « Attention aux excès ! A 14-15 ans, elles sont déjà immergées à fond dans le sport. Ce sont des choix lourds sur la durée. Mener sport et études en parallèle, ce n’est pas facile. Tant que c’est enrichi par des sélections, ça va. Cela peut être plus compliqué à la transition espoir/senior. »
Laurence a vu évoluer Cassandre Beaugrand depuis la catégorie cadettes, pour l’avoir accompagnée aux FOJE, les Jeux Olympiques Européens à Utrecht, où elle avait terminé 2ème sur 1500 mètres, quasiment pour ses débuts sur cette distance. Elle l’a également accueillie en stage régional ou encore lors du Championnat d’Europe de décembre 2014.
Jeanne Lehair
Jeanne Lehair
Elle a pu observer le grand potentiel de la toute jeune athlète : « Elle fait une séance, ça a de la gueule ! » Cassandre est entraînée par son père, connaisseur de l’athlétisme pour avoir déjà supervisé dans le passé l’entraînement en jeunes catégories de Nordine Smaïl. Il rend compte régulièrement à Laurence de la préparation suivie par sa fille, et elle souligne une chose importante : « Elle ne fait pas beaucoup de séances en athlétisme, c’est toujours du travail de qualité. »
Mais surtout, à côtoyer la jeune Monégasque, Laurence Vivier a bien appréhendé son exceptionnel mental : « Elle a de la fraîcheur. Elle a envie. Elle n’est pas saturée. »
A peine l’arrivée franchie que Cassandre le démontre. Elle s’esclaffe presque lorsqu’on lui suggère qu’elle aurait pu se contenter de gérer son avance, sans creuser un tel écart. Elle avoue aussi d’avoir gardé de l’énergie sous le pied dans l’optique de son prochain triathlon qu’elle courra une semaine plus tard, et où elle voudrait briller. Et ses yeux s’illuminent avec éclat en évoquant le rendez-vous du Championnat du Monde de cross, elle rêve déjà de se rendre en Chine !
Elle pourrait y être accompagnée en Equipe de France par ses copines triathlètes, Pascal Machat envisageant de retenir pour la Chine les quatre premières du France. A une seule condition, que Célia Bremont accepte cette sélection. Mais ce Mondial de cross vient en concurrence avec une autre compétition sur triathlon que la jeune sociétaire de Grasse a prévu une semaine avant.
Car pour ces surdouées du sport, les rendez-vous s’enchaînent sans discontinuer, et les choix se révèlent parfois douloureux…
 Texte : Odile Baudrier
 Photos : Gilles Bertrand

Roger Milhau le prof

Brice Leroy l’élève, Roger Milhau le prof

4 mars 2015

De 1978 à 1980, Roger Milhau a dominé le 800 m. français avec 6 titres nationaux, un record de France, une participation aux J.O. en 80 et deux médailles aux Europe en salle dont l’or en 1980. Aujourd’hui, il entraîne Brice Leroy qualifié pour Prague. Passage de témoin.


C’est l’avant dernière course, le 4 x 8, le stade de Séraucourt est plein comme une amphore. Il tremble. Déjà quatre records nationaux sont tombés, inscrits au patrimoine des Relais Jacques Coeur. Dernier relais, Philippe Dupont a tendu le bâton à Roger Milhau, le chaînon manquant. Sur le bord de la piste, Raymond Dubois, l’entraîneur national gueule à fendre la pierre. C’est lent, trop lent, la porte est trop grande. Le sprint s’engage, le stade est debout. Roger Milhau et l’américain Casselman sont au coude à coude. 36»7 aux derniers 300, dernier coup de rein, le français l’emporte, temps final 7’13»6, nouveau record de France.
Etre toujours en capacité d'accélérer, l'une des recettes pour réussir sur 800 mètres
Etre toujours en capacité d’accélérer, l’une des recettes pour réussir sur 800 mètres
Avec le recul, Roger Milhau est formel : « Ce type de compétition apportait de la cohésion au groupe ». Nous sommes en 1979, à un an des J.O. de Moscou, le groupe, ce sont les Philippe Dien, José Marajo, Alex Gonzalez, Philippe Dupont, Didier Marquand et Roger Milhau. Les entraîneurs nationaux ont resserré les liens par de longs stages en commun. Les regroupements à Font Romeu avec Noël et Jour de l’an inclus, cela ne rebute personne. La vie de famille se sera pour plus tard : « On était des copains, nous avions un esprit commando ».
En 1979, Roger Milhau a 24 ans. Il domine le 800 depuis l’année précédente, premier titre en salle et un record de France en 1’47»8. L’été venu, coup double, premier titre estival. Le provençal, monté à Paris et partageant la même piaule au BJ de Fontainebleau que José Marajo, devient la petite frappe du 800. Ce n’est peut être pas le plus rapide, mais c’est un tacticien, un analyste, pas très loin de devenir un théoricien. Est-ce sa formation de prof. d’EPS « à l’ancienne » qui le prédispose à cela ? Sa force, c’est savoir se placer et jouer sur la fréquence et les changements de rythme. Sa méthode, se placer pour maîtriser la corde et de l’effet du virage surélevé pour embrayer du vite lent vite et mettre les coureurs dans l’embarras. C’est comme cela qu’il devient champion d’Europe en salle à Sindelfingen en 1980. Il se souvient : « Vous savez, on sait ce que l’on a déjà vécu en course. On a réfléchi à toutes les stratégies, on connaît certains risques. De quelle arme dispose mon adversaire ? Quelles sont les miennes ? Mais on ne maîtrise jamais tout ».
Dans cette finale, Roger Milhau, c’est le patron. Ca court lent, il est devant, on lui a donné les clefs. Personne ne vient le chercher. Il applique sa méthode, il relance, il relance et remporte le titre en 1’50»2. Il sourit pour commenter : « Cette performance est nulle, 1’50»… ! Mais le titre était là ».
Roger Milhau au plus haut niveau, ce sont toute au plus cinq années. Premier titre en 78, il sera sacré six fois champion de France, indoor et plein air inclus, fin de carrière en 1982 avec au centre de l’hémisphère une participation aux J.O. de Moscou. Une série aux côtés de Sebastien Coe et une demi finale dans le sillage de Steve Ovett qui le balance en lui signifiant, mon petit gars, le patron, n’oublies pas , c’est moi ». La cage se referme, le souvenir est encore amer
« Il me fallait courir en 1’42 » – 1’43 ». Même en m’investissant pleinement, je n’y croyais pas »
Les Relais Jacques Cœur, les matchs inter-nations frappés à l’enclume et du sceaux des pays de l’Est, l’athlé à quatre sous, Roger Milhau tire un trait prématurément sur cet univers amateur et vieille cendrée : «J’ai réalisé que pour rentrer en finale olympique, il me fallait courir en 1’42 » – 1’43 ». Même en m’investissant pleinement, je n’y croyais pas ». L’horizon se ferme, d’autant plus que les puissants coureurs de l’Allemagne de l’Est font ombrage dont le géant Olaf Beyer qui en 1978 s’offre le culot de battre Coe et Ovett aux Europe de Prague. Un 400 en 49» et ce sont deux gifles en aller et retour pour les deux anglais.
Roger Milhau est ainsi devenu prof. Il a fait sa vie. De lycées, en clubs, il a beaucoup entraîné. Sur toutes le distances comme par universalisme : «Même du steeple avec Sophie Duarte. Je pense que cela tenait à notre formation d’EPS. Nous avions une connaissance globale ». A Paris puis en province, un passage à Toulouse au Creps pour revenir enfin sur ses terres, là où le mistral peut rendre hystérique. Retour à Istres sa ville natale, retour à Martigues, son club d’attachement où depuis une saison il entraîne la jeune Leïla Boufaarirane : « Je vous assure, c’est un très gros talent, elle peut réussir 2’02» – 2’03» glisse-t-il rapidement avant d’évoquer sa collaboration avec Brice Leroy.
Du côté de la Pologne avec cette génération de coureurs, fins tacticiens, capables d’exploser aux 200 mètres
Un dernier petit Mc Do…ensemble, ils se sont offerts un happy meal avant que Brice ne prenne l’avion pour Prague, qualifié pour les Europe en salle après son titre national et minima réalisé à Vienne. « Le Mc Do, ça, c’est le côté décontracté de Brice, le besoin de monter son conté décontracté. Il veut mettre en avant ces petites conneries, mais derrière ya du boulot ».
Roger Milhau le prof a récupéré un élève pas si trublion que cela. L’analyse du conseiller technique : « Les points forts de Brice, ce sont sa vitesse terminale et une grande capacité à accélérer, son point faible, c’est ne pas user trop vite la pile ». Un équilibre au pied à coulisse pour trouver les bons écarts entre le trop et le pas assez. « On me dit souvent, mais tu ne lui fais pas faire assez de foncier ». C’est justement pour naviguer sur le fil rouge entre le plus et le moins. Dans un 800 révolutionné par le kenyan Rudisha capable d’enclencher un braquet démoniaque, les points de repères de Roger Milhau se tournent désormais du côté de la Pologne avec cette génération de coureurs, fins tacticiens, capables d’exploser aux 200 mètres.
Au Mc Do, entre deux bouchées, dans le brouhaha des commandes, Roger a donné de simples recommandations : « Il faut que tu vives ta course. Il faut que tu sois acteur de ta course. Faut qu’il y ait du panache ». La veille, il avait stoppé la séance : « Stop, t’es prêt, t’as pas besoin de plus ». Avec 37 ans d’écart, l’élève et le prof ont ensemble un point commun, le même temps sur 800 en salle, 1’47″8…. Cela rapproche.